Le risque de la rencontre

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Un animal social

Les déviances du langage ont un impact fondamental sur la construction de nos représentations mentales et la manière dont nous nous définissons en tant que personne dans notre environnement.

Lorsque l’on nous demande « qu’est-ce que tu fais dans la vie ? », nous allons pour la grande majorité d’entre nous répondre en indiquant notre profession.

C’est quoi le problème ?

Imaginez un instant que vous travaillez comme réceptionniste à 40 pour cent et que le reste de votre temps, vous vous adonniez à vos activités favorites, telles que l’écriture ou la lecture.

Il est peu vraisemblable que vous répondiez « j’écris et je lis ». Pourtant, vous dédiez la majeure partie de votre temps d’éveil à ces activités. Plus encore si vous avez été licencié, vous répondrez « je cherche du travail ou je suis au chômage ».

Alors que nous sommes bien d’accord, si une journée compte 24 h réparties selon les sociologues : 8 à dormir, 2 aux soins corporels, 4 à manger (y compris courses et préparation de repas), il est peu probable que vous en passiez 10 à faire les petites annonces. Et ne parlons même pas de la mère au foyer « au fait, elle fait quoi dans la vie ? »

Sérieusement, que cherche à savoir notre interlocuteur quand il nous lance au coin du bar « tu fais quoi dans la vie ? ».

Traduction : « mais dis donc, comment tu paies tes factures ? ».

« La vérité est ailleurs »

Cela dit, une fois qu’on a identifié le substrat culturel qui sous-tend à une question, nous avons le choix de répondre comme nous le souhaitons. Qui vous empêche de dire « j’écris » ou « je peins ».

Certains s’offusqueront « ah non ! celui qui écrit est un écrivain et pour s’en prévaloir il faut avoir déjà publié » et à celui qui peint « est-il un peintre professionnel ? Un artiste côté ? »

Cette classification ne tient pas quand on sait que de nombreux auteurs à succès ne paient pas leurs factures avec le produit de leur vente de livre.  Donc même si la question était transparente les critères de réponses sont eux, variables.

Poussons encore un peu le raisonnement. Que cherchez-vous quand vous entrez en contact avec une nouvelle personne dans un cadre privée ? À identifier de nouvelles opportunités d’affaires ? À vous valoriser grâce à une étiquette sociale ? Pire, à vous dévaloriser socialement ? Désolée, mais je n’y peux rien si rechercher un emploi est mal perçu dans notre société genevoise. Ce qui ne m’empêche pas de penser ce que je pense !

Votre RP c’est vous

Cherchez ce qui vous anime. Lisez, dansez, brodez, chantez, soyez créatif.

Mais surtout : dites-le !

Ne vous laissez plus enfermer dans des questions qui ne regardent que votre interlocuteur ignorant. Et s’il insiste, prenez un air amusez et répondez « veux-tu savoir comment je paie mes factures ou ce que j’aime faire dans ma vie ? ». Et toc ! dans les dents ! Crétin va !

Vos futures relations seront bien meilleures et quoi de plus galvanisant que de rencontrer au hasard de la vie une personne qui partage votre passion.

À y regarder de plus près, cela vous donnera de meilleures opportunités de vie et surtout, vous ne perdrez plus votre temps en conjectures inutiles. Passer des dîners à parler carrières et boulots. C’est d’un pénible !

Combien ça coûte ?

Aller à la rencontre de l’autre c’est avant tout prendre un risque de se faire juger, critiquer, rejeter. La douleur du rejet est organique et le cerveau préfère l’éviter en rentrant à la maison « il se fait tard, je me lève tôt demain » plutôt que de devoir gérer de potentielles émotions désagréables.

Puis, sincèrement, me faire juger à partir du poste que j’occupe dans une boîte ? Merci bien ! mais quitte à prendre un risque je préfère capitaliser sur moi-même plutôt que sur des images véhiculées par des patrons bedonnants d’entreprises du CAC40.

Tempi passati..

Il fut un temps où nous étions ce que nous faisions. Dans chaque communauté nous trouvions le meunier, le médecin, l’instituteur, etc. Mais ce n’est plus le cas de nos jours.

Nous vivons dans une société où internet ne nous permet plus de distinguer entre vie privée et vie professionnelle. Conséquences : Exit la zone de repos. Bienvenu dans le monde délirant ou nature humaine rime avec déprime et ce que nous postons sur les réseaux sociaux, bien plus importants que ce que nous pensons et faisons dans notre quotidien.

Cette perméabilité quand le travail ne nous intéresse que financièrement ne devrait pas se substituer à nos passions et à nos intérêts sincères. Sinon ça dérape sec et on en arrive à ne jamais être au bon endroit. À la maison, on pense au travail et au bureau, on culpabilise de laisser ses enfants à la crèche.

Celui qui dit c’est celui qui l’est

Dans un tel contexte, nous pouvons tous faire le choix de la sincérité et de nous présenter comme nous estimons être, car « à vouloir rentrer dans le moule, on finit par ressembler à une tarte ».

Alors, « vous faites quoi dans la vie ? »

 

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Commentaires

  • Pour moi le risque de la rencontre ne réside pas dans le potentiel de banalité mais au contraire dans la possibilité d'une intensité dont je ne saurais trop que faire.
    Et puis j'ai compris au fil du temps que ma créativité reste une activité personnelle qui intéresse peu, voire pas du tout les autres. Et surtout mes proches qui considèrent que c'est du temps que je ne leur consacre pas.
    A moins de devenir un artiste connu, reconnu et si possible célèbre, alors les proches se répartissent les mérites et deviennent tout soudain très concernés par vos créations.
    Alors non merci, lorsqu'on me demande comment je vis et paie mes factures, je me contente d'expliquer que j'ai considérablement diminué mes besoins/envies et que j'apprécie ma solitude assumée qui n'a rien à voir avec un isolement subit. Et je continue à pondre des chansons et des textes, à fabriquer des meubles, à réparer des objets, avec la satisfaction narcissique d'un résultat qui correspond à mes attentes.
    En revanche j'ai renoncé à écrire sur les blogs...

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