01/11/2018

Ciel! Mon acouphène!

stresse,acouphène,insomnie,angoisse,peur,phoebie


Dans le bon sens.

Ce qui est particulièrement intéressant lorsque l’on se penche sur le phénomène de l’acouphène c’est d’abord son épistémologie. Ce mot vient du grec ancien, il est composé de deux verbes akoùô (écouter) et faìnomai  (apparaître).

Dès lors si nous formulons une phrase la plus basique possible à partir de ces deux verbes, « j’ai écouté et il m’est apparu », nous constatons que l’acouphène naît en deux temps. Premièrement, d’un choix, certes inconscient, qui est celui d’écouter. Puis, de la matérialisation de ce choix soit, l’apparition du son que nous appelons acouphène.

Souffrance ou maladie ?

L’acouphène est en fait, une perception auditive anomale d’un bruit au niveau de l’oreille, unie ou bilatérale, continue ou intermittente, de tonalité variable que seul celui qui en souffre peut écouter. En bref, il s’agit d’une perception auditive fantôme pour celui qui observe l’acouphénique.

Pour ma part, je préfère parler de souffrance en non de maladie. Parce que face à la maladie, nous sommes impuissants. La maladie est perçue comme une cause externe indépendante de toute action personnelle.

Dire « je suis malade » revient à percevoir l’être humain comme une étiquette et à remettre ses chances de guérison entre les mains du « miracle ». Ce n’est pas inutile, mais « peut mieux faire ».

De grâce, nous savons tous que les statistiques parlent à tout le monde, mais ne s’appliquent à personne.

Ceci dit, il peut s’avérer pertinent de poser un nom sur une souffrance. C’est comme savoir qu’un livre véhicule des idées, cela n’a de pertinence qu’en fonction de ce que vous voulez en faire. Cela ne dit rien sur le fait de savoir si vous l’avez lu.

Pour le patient et ses proches, nommer une souffrance permet de sortir de la peur de l’inconnu et de mettre en place une stratégie pour reprendre le contrôle.

Le profond désarroi.

Ce qui m’interpelle quand ces patients prennent place dans mon cabinet, c’est l’état de détresse profonde dans lequel ils se trouvent vidés et épuisés. Leur désespoir est abyssal « Mon acouphène m’empêche de trouver le sommeil », « MON acouphène me réveille la nuit ». « Comment vais-je pouvoir travailler avec MON acouphène ? ».

Au quotidien.. 

Particulièrement inquiétante, est la place que ces personnes accordent à leurs acouphènes par l’utilisation du pronom possessif « mon ». La souffrance est devenue à ce point incontournable, qu’elle prend la forme d’une entité indépendante. Comme si, désormais, il fallait accepter de vivre avec cet « Autre ».

Finis les sorties avec amis, terminé les grasses mat. Les perspectives nouvelles : chômage, aide sociale, remplacent les projets de vacances, de loisirs, de lecture. Dans cette ère nouvelle qui s’ouvre, seul compte : Mais comment je vais faire avec MON acouphène ?

Évidemment, quand l’espoir se fait la malle au profit d’une longue et pénible vie d’agonie, c’est plutôt mal parti.

Pourquoi cela m’arrive à moi ?

Bon, écoutez-moi bien. Oui c’est injuste ! Aucun être humain ne mérite de souffrir. Alors, je suis au regret de vous annoncer qu’il est désormais temps de sortir du royaume de Peter Pan et de son monde aux contours délimités.

Crévindiou de crévindiou ! vous devez rêver avec les pieds sur terre. L’étoile du Berger est sublime, porteuse d’un élan infini vers ailleurs, mais, si vous vous la prenez sur le coin de la tête cela signifie simplement que vous l’avez mal accroché, un tabouret, un clou et hop ! Ne confondez pas la véritable étoile de celle issue de votre croyance.

Comprenez que pour guérir, vous devrez commencer par mettre de l’ordre dans vos pensées.

Dites-vous bien que passer votre temps à ruminer « mais comment je vais faire, pourquoi moi ? » ne fera que renforcer votre sentiment d’impuissance et votre malaise. Car n’oublions pas que vous n’êtes pas né avec un acouphène. 

Ce que j’observe également en consultations c’est la manière dont les patients tentent de justifier leur acouphène par comparaison « j’aurai préféré avoir un cancer, l’acouphène, il n’y a rien de pire ».

Mais ce n’est pas tout. À un patient à qui j’ai demandé « est-ce plus probable que votre acouphène disparaisse ou qu’une jambe amputée repousse ? », il m’a répondu « d’ici 10 ou 15 ans, il est probable que les découvertes scientifiques permettent la repousse d’une jambe ». Ce à quoi j’ai répondu « Oui OK, mais en l’état des recherches actuelles, que diriez-vous “? Et bien, il a été incapable d’admettre que son acouphène avait plus de chance de s’en aller qu’une jambe de repousser. Même le bon sens était déclaré ‘persona non grata’.

Puis, sachez que si nous sommes reconnus égaux en droits, nous ne le sommes pas en vérité. Nous sommes tous différents et singuliers, c’est d’ailleurs ce qui permet d’avoir du talent. Admettez que si nous chantions tous comme Céline Dion, il n’y aurait pas de « Céline Dion ».

Quand la peur prend le contrôle de l'esprit critique

Comme nous l’avons vu, le premier rempart à la guérison de l’acouphène c’est la place qu’on a accepté de lui donner dans notre existence et qui s’exprime par la manière dont on parle de LUI. Si alors, on peut naturellement douter du bien-fondé à parler de ‘Ma femme’, ‘Ma voiture’, ‘Mon travail’. En ce qui concerne l’énoncé, ‘Mon acouphène’, le doute n’est plus permis. Faire le choix de lui donner une place vous conduira naturellement à faire sortir tout espoir de guérison par la grande porte.

Posez-vous la question. Est-ce qu’une gastro-entérite vous procure la même angoisse ? Parlez-vous de ‘MA gastro’, de ‘comment je vais faire au travail avec MA gastro’ ? Ben alors ? NON ! Et pour deux raisons. La première, c’est que vous savez avec une certitude absolue qu’elle va passer. La deuxième, c’est que vous en avez déjà fait l’expérience.

Maintenant, mettez-vous à la place de votre enfant qui fait la première fois l’expérience de cette épouvantable douleur. Grâce à votre expérience, vous pourrez le rassurer et cela rendra sa douleur supportable ‘ça va passer mon amour, c’est un mauvais moment’. Peut-être en profiterez-vous pour lui faire passer l’envie de manger des bonbons ‘tu vois, hein ? À trop manger de sucreries ! » Bon, je vous déconseille, sauf arguments solides de faire un lien entre ce que votre enfant mange et ce qu’il vomit. Vous n’avez pas envie que la prochaine fois, votre enfant adoré vous retourne votre rôti mijoté avec amour en guise de cause à son malaise.

Donc, si la gastro ne vous fait pas peur comme l’acouphène, c’est parce que vous partez du principe qu’elle va passer. Alors que votre acouphène, vous partez du principe que vous devrez passer le restant de vos jours en sa compagnie.

Puis, sans vouloir anéantir vos derniers espoirs, n’attendez pas de votre acouphène qu’il se mette à composer un air de Chopin. Il se contentera de garder le doigt bien appuyé sur le bouton rouge ‘angoisse max’ !

OK !

Quand on est hypno, et que des personnes arrivent chez nous en mode ‘ultima ratio’, nous savons avec la même certitude que toute gastro à un début et une fin, que ça ne pourra qu’aller mieux.

Reprenez le contrôle et vous oublierez les symptômes. Se battre est aussi inutile que si je vous demandais de ne surtout pas visualiser un nuage noir à point vert. Vous êtes obligé de le voir pour ensuite l’effacer. C’est tout simplement une perte d’énergie.

« Un problème sans solution est un problème mal posé».

 

 

 

13:01 Écrit par Delphine Perrella dans Air du temps, Genève, Humeur | Tags : stresse, acouphène, insomnie, angoisse, peur, phoebie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!

Les commentaires sont fermés.